Interview du Créateur de Kissoro Tribal Game, Un Jeu Mobile Inspiré De La Culture Africaine

Kissoro Tribal Game est un jeu mobile paru mi-2017 sur Android et iOS. Fortement inspiré du célèbre jeu connu sous le nom d’Awalé, Kissoro se présente comme le premier véritable jeu-vidéo de société Africain à ce jour. Avec 2000 joueurs quotidiens, le jeu jouit aujourd’hui d’un véritable succès d’estime. Son créateur est Teddy Kossoko, un jeune étudiant centrafricain en Informatique.

Nous l’avons interviewé pour vous.


1/Bonjour, Pourrais-tu te présenter ?

Je m’appelle Teddy Kossoko, j’ai 23 ans et je suis né à Bangui, capitale de la République Centrafricaine. Après un Bac D et un Bac S, j’ai décidé de continuer mes études en France et actuellement, je suis étudiant en informatique appliquée à la gestion des entreprises à Toulouse en France et en Septembre je serai bientôt diplômé. Je suis amateur de guitare et j’aime voyager pour découvrir le monde et les cultures.

 

 

2/Quel a été ton premier contact avec les jeux vidéo ?

Je n’ai jamais été un grand joueur de jeu vidéo. Quand j’étais petit, je me rappelle, j’avais une petite console à la maison avec le jeu Contrat, très populaire à l’époque. Plus tard au lycée, j’allais après les cours faire des parties de PES sur la Playstation d’un ami.

C’est une fois arrivé en France que je me suis rendu compte de l’impact qu’avait les jeux vidéo dans le quotidien des gens. A l’iut où j’ai été formé à mes débuts en informatique, j’ai eu la chance de rencontre Dimitri Lerner, un ami a moi qui a développé un jeu vidéo, et c’est comme ça que je me suis rendu compte que développer un jeu n’était pas si inaccessible que ça.

 

3/Comment t’es venue l’idée de créer « Kissoro » ? Pourquoi un jeu sur la culture Africaine ?

A la fin de mon DUT, j’avais envie de réaliser un projet innovant pour valider mes connaissances. Je me suis alors orienté dans l’univers des logiciels. Après quelques mois de recherches je me rendu compte que le marché était très difficile. Je me suis alors orienté dans l’univers des jeux, et même là ce n’était pas évident. Pendant mes phases de recherche, je me suis rendu compte que les joueurs voulaient la plupart du temps quelque chose de nouveau, de différent.

Un jour, en faisant la liste de mes idées de jeux, la citation, « si tu ne sais pas où tu vas, il faut au moins savoir d’où tu viens », me vint à l’esprit. J’en parla alors avec un ami à moi Biakete Othniel, et on fit une liste des jeux Centrafricains, pour au final garder que le Kissoro.

Par la suite, je me suis très rapidement rendu compte qu’il n’existe aucun jeu africain de référence sur les stores. Je me suis alors dit que je dois créer le meilleur jeu de société africain sur les stores. Pour en arriver à ce niveau, il me fallait proposer aux joueurs une expérience unique au travers d’un jeu exceptionnel.

4/On voit que l’univers du jeu est très riche, de même que l’histoire. Deux royaumes qui se battent pour prendre le contrôle d’un fleuve… Quelles ont été tes sources d’inspiration ? Y a-t-il un message particulier que tu souhaitais faire passer ?

Quand j’ai commencé ce projet, je voulais que mon jeu permette tout d’abord de faire connaître mon pays sur le plan international au travers de sa culture. Mais je voulais surtout qu’il me permette d’envoyer un message à la jeune Centrafricaine, et par extension à la jeunesse mondiale. Du coup j’ai rajouté du contenu allant dans ce sens.

Le mode campagne qui relate l’histoire des deux royaumes qui se battent s’appuie sur les diverses guerres que certains pays africains ont pu vivre. Dans l’histoire, un jeu orphelin va essayer de sauver son royaume en participant à un tournoi de Kissoro.

Il affrontera par la suite les élites de la société : généraux, riches et autres superpuissants. Mon message derrière cette histoire est de dire à la jeunesse africaine, qu’au lieu de résoudre nos conflits par les armes, l’on peut utiliser nos jeux de société pour nous rapprocher et trouver des issues pacifiques. Je voulais aussi dire à la jeunesse que les solutions à nos problèmes ne viendront pas des dignitaires de nos sociétés, mais du peuple.

 

5/La phase de conception du jeu n’a probablement pas été un long fleuve tranquille. Quelles sont les difficultés que tu as rencontré lors de cette phase cruciale ?

J’ai rencontré beaucoup de difficultés comme tout porteur de projet. Tout d’abord j’ai eu du mal à trouver un graphiste, ils me demandaient tous énormément d’argent sans prendre en compte que je suis étudiant. Ensuite, j’ai eu des messages négatifs venant de certains amis et cela à failli me décourager dans mon projet et enfin durant la campagne de financement participatif, quand j’ai contacté des médias africains pour relayer la campagne, ils m’ont tout simplement fermé la porte en me disant qu’ils n’avaient pas de temps pour moi.

Je pensais aussi que toute la communauté centrafricaine allait m’aider pour la campagne, mais ça n’a pas été le cas. Il eut environ 2% de cette communauté qui se motiva pour toucher du monde et me permettre de réussir la campagne. Ça m’a fait mal au cœur, mais ça m’a donné la force pour continuer. Ca fait 2 ans que je travaille sur ce jeu, chaque soir jusqu’à 2 heure du matin, ce qui a fortement impacté mes résultats scolaires.

 

6/Cela fait déjà un moment que le jeu est disponible sur Playstore et pas mal de joueurs ont pu mettre la main sur le jeu. Comment le jeu est-il accueilli? Es-tu satisfait des retours du public ?

Le jeu est en version bêta sur le PlayStore actuellement et il y a près de 2 000 personnes qui y jouent tous les jours et qui me font des retours sur les différentes fonctionnalités. La seule remarque que j’ai eu est que le tutoriel est difficile à comprendre. Kissoro est un jeu de société, avec une courbe d’apprentissage assez difficile comme les échecs par exemple.

A part ça tous les joueurs sont satisfaits et les commentaires me donnent la force de continuer le projet et proposer vraiment un jeu qui pourra rivaliser avec n’importe les gros jeux sur le store.

 

7/ Tu qualifies le jeu d’un jeu rendant hommage aux grands de ce monde. Pourquoi ?

Le jeu Kissoro est bourré de symbole. Chaque dessin cache derrière lui une histoire très forte. Par exemple, le logo fait référence au film « Pawn Reference », qui retrace l’histoire de Bobby Fischer, le meilleur joueur d’échec de l’histoire. Il participa à un tournoi durant la guerre froide pour rapprocher diplomatiquement la Russie des Etats-Unis. Il mourut pauvre et en exil par la suite.

Je lui rends hommage car c’est un homme qui à sa façon s’est battu pour la paix, et le mode campagne de mon jeu, met en avant comment faire la paix au travers de jeu.

Le jeu met en avant aussi des figures historiques africaines comme l’homme le plus riche de l’histoire Kankou Moussa, et d’autres héros comme les amazones du dahomey, les griots, Hannibal de Cartgage et beaucoup d’autres…

 

8/ A part Kissoro, y a-t-il d’autres projets en gestation ? Quels sont tes projets d’avenir ?

Je travaille actuellement sur un projet qui aura un très fort impact sur la communauté africaine et sa diaspora. Ce projet concerne tous les pays d’Afrique et je pense que ce sera une révolution. Pour l’instant, je garde le secret.

 

9/ Un dernier mot pour la communauté ?

La communauté africaine dort encore. C’est un constat tragique que j’ai fait depuis le début de ce projet. Il y a très peu d’africains qui se bougent et ceux qui se bougent manquent de visibilité ou sont persécutés par leur propre frère. Il faut que cela cesse si on veut avancer un jour. Dans le cas contraire, les efforts de chacun ne serviront à rien et on sera toujours en retard.


Ainsi s’achève l’article les amis, s’il vous a plu, n’hésitez pas à partager l’article sur les réseaux. Merci à Teddy pour sa participation.

N’hésitez pas non plus à aller tester le jeu, pour y avoir testé, il vaut franchement pour le coup. Pour les utilisateurs d’Android, c’est ici. Pour les utilisateurs de la pomme c’est ici.

 

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Neutron Auteur

Quand je ne suis pas en train de poutrer du noob sur League Of Legends, vous me trouverez quelque part en train de bouquiner, jambes croisées, thé dans une main. J'aime les cactus, le thé et les chats.